30 août 2012
La Grande Bleue
Il y a des courants qui vous empoignent et vous éloignent de la terre. Il y a des créatures marines qui se frottent à vous et répandent leur venin. Il y a des femmes qui ne cachent pas les cicatrices de leurs implants mammaires sous des maillots de bain. Il y a des tatouages sur toutes les peaux. Il y a le sable brûlant. Il y a d'ailleurs de la chaleur dans chaque molécule d'air. Il y a le vent qui soulève le sable. Il y a la ville tout à côté. Il y a l'été. Tout cela sous le regard du surveillant de plage sur son arbre perché.
21 août 2012
Les Nains de Jardin ne voyagent pas
Comme le précise wikipedia, jamais avare de savoir, "le vol de nain de jardin est une activité illégale. La victime peut porter plainte contre le ravisseur et celui-ci peut être condamné pour vol et harcèlement." Contrairement à une croyance dont Jean-Pierre Jeunet se fit le colporteur, les nains de jardin ne font pas le tour du monde. Bien au contraire, ils préfèrent à cela témoigner au quotidien des aventures de leur environnement proche. Canicule ou fortes gelées, le nain est la mémoire du potager. Il compte les gouttes de rosée, évalue les récoltes, recense les populations d'insectes, enregistre les naissances, les décès de ce microcosme jardinier. Les nains de jardin ne voyagent pas, car contrairement à nous, ils savent que le grand tout se déroule à tout instant, en tout lieu. Il leur est inutile pour comprendre le monde d'en explorer sa diversité. Mais si d'aventure vous voyagez, pensez à partager vos impressions avec votre nain, car sédentaire il est, mais vos récits le font rêver.
15 août 2012
Mourir en été
Mourir en été, voilà une bien étrange idée. Dans un cimetière surchauffé, une famille endeuillée avance en procession. En rangs serrés, une armée d'arrosoirs jaunes entourent leur tristesse. Alentours, les stèles bien scellées réfléchissent la lumière, insoutenable. La sueur perle aux fronts des agents des pompes funèbres qui enfilent, dans la terre sèche et craquelée, le cercueil. Mourir en été, c'est désarçonner ses proches. Tout à coup, l'absence, la disparition, n'ont pas seulement le goût des larmes. Il y a cette lumière qui vous écrase, la vie qui foisonne et des oiseaux bavards. Un lézard surgit. La mort c'est glacial, sauf en été.
13 août 2012
Madame reçoit
"Madame reçoit" tel est le titre de cette toile, d'un certain Remy Cogghe. Mais qui reçoit-elle ou que reçoit-elle pour attiser ainsi la curiosité des domestiques ? L'histoire ne le dit pas.
8 août 2012
Sous la Basilique
Ils se retrouvent un jour d'été sous la basilique, torses nus, entre amis, avec quelques bières. Viennent ceux qui n'ont pas oublié, ceux qui ont trop chaud dans leur appartement, ceux qui ne supportent plus que leur mère les envoie chercher du travail. Viennent ceux qui ont vingt ans, vingt-cinq ans tout au plus. Après il doit se passer quelque chose et on ne passe plus l'été ainsi. Viennent ceux qui se fichent de Dieu et de l'économie du monde. Viennent ceux qui marchent les pieds nus et qui traversent doucement les étendues de pelouse brûlée pour approcher ceux qui vont, pressés, sur les allées goudronnées. Ils leur demandent une cigarette. Mais ils ne mendient pas. Ils possèdent ce qu'ils possèdent, pas grand chose, mais ils n'ont pas faim. Ils ont un toit, ils ont une mère qui quoiqu'ils fassent de leurs après midi, prépare un repas dans l'appartement étouffant de chaleur. Ils ont un lit où s'effondre la nuit, la vie qu'ils peinent tant à s'imaginer. Alors sous la basilique, ils reprennent chaque jour l'impossible débat. Les autres sont venus aussi, ceux qui n'ont pas oublié, ceux qui ont trop chaud dans leur appartement, ceux qui ne supportent plus que leur mère les envoie chercher du travail, ceux qui ont vingt ans, vingt-cinq ans tout plus. Après, il doit se passer quelque chose, mais ils ne savent pas quoi, ni comment cela se produit. Alors en d'intarissables échanges, ils refont chaque jour, le roman du présent et d'un avenir dont ils ne savent rien. Et si tout à coup, l'angoisse les envahit et que le silence se fait, un autre finit par arriver et relance la roue des possibles lendemains. Sous la Basilique San Lorenzo, à Milan, un après midi poisseux du mois d'août 2012.
30 juil. 2012
Le Profil du Batracien
Illusoirement conditionnés par les contes de fées, nous voilà tentés de saisir ce crapaud qui surgit au milieu du salon pour lui coller la bise qui le transformera en beau prince riche et séduisant. Dans la réalité, l'idée saugrenue d'embrasser pareil animal fait froid dans le dos. Notons que ce hiatus entre l'écrit et la réalité nous éclaire sur la fragilité psychologique des héroïnes de conte de fée. Cependant, si l'on se réfère aux frères Grimm, il n'est pas question ici d'un baiser. Dans "le prince grenouille", ou "le prince crapaud", selon la cruauté des traducteurs, la Princesse, contrainte à vivre avec l'animal, ne l'embrasse pas. Alors qu'elle doit partager son lit avec l'infâme batracien, la jeune fille jette l'animal contre le mur de toutes ses forces et c'est lorsqu'il tombe à terre que l'amphibien se transforme en prince. Bien que cette version soit nettement moins dégoutante, nous nous abstiendrons de tout excès de violence, et c'est avec délicatesse que nous accompagnerons l'intrus maladroit hors de la maison, ratant par là même, l'occasion de rencontrer le conjoint idéal.
28 juil. 2012
Les Jeux de Domination
Il n'y a guère que sur les tasses à café achetées chez carrefour pour trois euros dix que les chats minaudent. Dans la vraie vie, les chats mènent sans répit une guerre de territoire. Et nous voilà contraints d'enfiler le casque bleu de la force d'interposition. Certes, il manque ici la violence des assauts et les cris déchirants qui soudain vous réveillent au milieu de la nuit, quand surgissent dans la chambre les belligérants aux griffes acérées. Comme un soldat traumatisé par l'assaut nocturne de l'ennemi, nous voilà pris dans un sommeil inquiet, sursautant aux moindre signes de présence inhabituelle. Et puisque qu'aucun forum d'entraide n'existe à ce propos, il est temps de briser le tabou et d'aider ceux qui vivent les mêmes frayeurs sous la coupe du syndrome de Mistigri.
23 juil. 2012
Les Compromis félins
Quand il s'agit de voir sa gamelle remplie, le greffier est prêt aux plus vils stratagèmes. Lui, d'habitude si farouche, se fait le plus câlins des félins. Ronronnant à tire larigot, il se frotte, se love, et perd toute dignité. Pour quelques grammes de viandes, le chat renonce à l'indépendance qu'il revendique pourtant à longueur de journée. Croit-il duper celui qui le cajole ou sommes nous tous les deux conscients de la supercherie ? Qu'importe, l'un comme l'autre semblons savourer cet instant rare d'amour presque gratuit.
19 juil. 2012
Dominique A
Rituel rendez-vous avec la foule de Paléo. Dominique A esquisse avec soin son dernier album, entouré de dix musiciens. La précision des arrangements est d'une rare délicatesse. La façon dont le bassiste ondule derrière l'artiste au premier plan crée le contrepoint parfait à sa présence solide.
18 juil. 2012
Les fausses Plages
"Il n'y a plus de saison ma brave dame." Pourtant les cités continuent à s'inventer de fausses plages pour donner aux citoyens qui n'ont pas le loisir de se rendre en croisière ou sur les bords de mer, l'illusion d'être ailleurs. Les Paris plage, Lille plage, dieu sait où plage... sont à l'été ce que les illuminations et les boules sont à Noël. Le transat devient la synecdoque inconsciente d'un été savouré, farniente, bel été en somme. Mais parfois le symbole ne peut lutter avec la sensation réelle, pluie, nuages et courants d'air glacés découragent les passants et rappellent haut et fort que ces parodies de carton pâte ne remplacent pas la réelle sensation du vent du large sur nos visages tandis que rumine l'océan sur les galets ou sur le sable. Alors, au coeur de la cité, sous nos parapluies, il nous faut rire de ces mises en scènes dérisoires en espérant cependant que s'installe enfin l'anticyclone salvateur qui rendra ces pastiches moins ridicules.
14 juil. 2012
Home sweet Home
Deux mille cinq cents kilomètres plus tard, retour à la case départ. Après cette plongée au coeur des Flandres, la vie, ici, semble à la fois plus brouillonne mais aussi aseptisée. C'est l'effet boule à neige.
11 juil. 2012
Dans le petit Bain
Les villes de province s'inventent de beaux musées, écrins de qualité pour collections modestes. Ici, une ancienne piscine totalement restructurée tout en préservant l'ancien espace du bassin. L'endroit est magnifique et la curiosité des visiteurs ne peut être que piquée lorsqu'il se trouve au détour d'une salle face au portrait de madame Hanus par Jean-Joseph Weert...
9 juil. 2012
Le Chemin de Halage
Sur les routes de France, l'été est propice aux travaux de réfection des routes. Le voyageur dubitatif se retrouve ainsi mené par le bout du nez par des déviations gargantuesques et il lui faut alors stratagème trouver pour ne pas perdre un temps fou à courir la campagne. Dans ces cas là, se fier à l'instinct et suivre l'autochtone, permet de découvrir une alternative plus rapide et surtout plus champêtre. Ainsi, suivre durant deux kilomètres un chemin de halage le long de la Deule puis bifurquer sur la droite sur un chemin agricole vous mènera à bon port avec une perte de temps minime.
L'autre atout de cet astucieux détour est de découvrir un coin magique. Arrêter la voiture et prendre le temps de marcher le long du canal. Compter les hérons qui s'agglutinent dans un champs tandis que les péniches s'effacent au loin. Dans un vacarme d'enfer, le train régional traverse le canal sur un pont d'acier. Essayer de photographier tout ceci, et finalement revenir avec un bout de barrière rouillé sur fond d'eau striée par le vent, comme si le détail était plus fidèle que le tout.
Le Berger d'Epinoy
Dans un champs de soja vert, face à un dérisoire calvaire, une bande de deux mètres de large a été récemment moissonnée. De la route, on peut ainsi accéder à Saint Druon, gaillard du coin, patron des bergers, qui enseigna notamment voilà plus de 900 ans comment se débarrasser des hordes de hannetons qui s'abattaient parfois dans les environs. La terre est lourde de pluie et le ciel chargé de nuages. Derrière la vitre brisée de son modeste calvaire de briques rouges, Druon d'Epinoy lutte contre le reflet du soleil pour poser sur le pèlerin un regard bienveillant. Il n'est guère habitué à recevoir ainsi de la visite. Certes, le lundi de Pentecôte, une procession vient jusqu'à lui et l'honore de prières. La meute bigarrée de pèlerins d'un certain âge, comme se plaît à le souligner l'échotier du coin, lui présente sa dévotion et s'en retourne à travers champs, les pieds crottés. Une fois rentrés chez eux, en nettoyant la boue qui souille leurs escarpins du dimanche, certains doivent maudire ce calvaire des champs. Qu'importe, Druon attendra impassible que viennent à lui l'année suivante de nouveaux adorateurs endimanchés.
7 juil. 2012
L'Eté des Emigrés
L'été les émigrés retournent aux sources, auprès de ceux qui sont restés au pays. Mais tous les émigrés ne viennent pas du sud. L'évocation de vacances au bord de la mer du nord fait toujours tiquer les interlocuteurs, habitués à rêver de Sicile ou d'Andalousie. Mais ici les ciels se colorent comme aucun autre, des dégradés et des formes sans cesse en mouvement. Et si l'on frissonne dans une mer trouble à 15 degrés, il y a quand même des maîtres nageurs comme dans Alerte à Malibu, sauf qu'ils portent en permanence une bonne polaire rouge. Normal, c'est le mois de juillet quand même.
6 juil. 2012
Maurice a la Frite
Au coeur des villages du nord, le matin, les friteries font grise mine. Le soir, elles sont pôle d'attraction. Dès 17 heures, un système lance l'allumage automatique des néons. Ils clignotent gaiement de manière à rappeler aux futurs clients l'aubaine que représente cette baraque de peu, plantée au milieu du village. Dès 19 heures, Maurice, ou un avatar truculent, lève le volet central et les stores latéraux. L'huile chauffe, tandis que s'arrêtent les premières voitures. Les patates jetées dans l'huile crépitent. Maurice se couchera tard, vers minuit trente ou une heure du matin, une fricandelle, un peu plus de ketchup ou alors une sauce cocktail. Quand l'enseigne de la baraque s'éteint, la vie du village se meurt. En apparence.
La Brique rouge
Retour sur la terre des aïeux. La famille Marsy tenait un café de quartier, là, en plein coeur du pays minier. Cent ans plus tard, c'est la zone sinistrée. Le dernier puits de mine a fermé en 1990 après le lent démantèlement de tout ce secteur. Zone sinistrée, voilà sans doute pourquoi les murs de briques rouges ont récemment failli tourner au bleu marine...
1 juil. 2012
La petite Voix intérieure
Le bruissement de notre conscience se fait entendre en permanence comme le ressac d'un océan tourmenté. Il est cependant rare d'en proposer une possible représentation. A la lumière d'un feu interdit sur la prairie, saisir fugitivement la dualité d'un être inconnu.
23 juin 2012
Le Musicien
Une image de rien, extraite d'une image de peu, autrement dit, un recadrage artificiel, histoire d'extraire d'une autre image le détail qui révèle la saveur de l'instant. Sur la photo que vous ne verrez jamais, une petite fille en jupe orange écoute une pianiste et une percussionniste dans un parc, à l'occasion de la fête de la musique. Elle est fascinée. Mais au pied du piano, il y a ce trompettiste au repos. En découvrant la photo en plan large, il semble évident qu'il faut désigner ce qui est passé inaperçu dans l'instant. Au diable les puristes... Le trompettiste ne dort pas. Il savoure simplement l'écoute de ce concert improvisé. Peut être que le moment voulu, il se redressera et participera au boeuf. Mais la fête de la musique est un vagabondage et jamais la petite fille ne verra le gisant saisir son instrument. Plus loin, une fanfare, des amis, la vie a tant de couleurs et les partitions inventent à chaque détour, des horizons aux reliefs si différents.
20 juin 2012
La Petite Vadrouille
A raison de deux chars par wagon, comptez un peu plus de vingt wagons, la cavalerie entame sa traversée de la Suisse à petits pas. Petits pas, car il ne faut pas perturber le trafic. Aussi, quand cela s'avère nécessaire, le convoi s'attarde dans une gare, le temps de laisser passer les intercity prioritaires. S'offre ainsi ainsi aux compatriotes reconnaissants, la chance d'observer un aperçu des atouts de son armée. Selon Wikipedia, la Suisse possédait en 2008, 580 chars de grenadiers M113, mais vieux grigous d'un temps passé, nombre d'entre eux doivent être aujourd'hui démantelés et recyclés, faute d'avoir pu les vendre ici ou là. Ainsi, cette cinquantaine de chars se rend peut être au cimetière. C'est une parade d'armes condamnées. Il existe à Ecublens une usine qui s'occupe de les démonter. Récemment, des voix minoritaires s'élèvaient ici et là pour proposer ces chars à l'opposition Syrienne. L'idée ne séduit guère. Je ne connaissais rien des chars de grenadiers M113, avant de les croiser en gare de Sierre, bien loin de la Syrie, bien loin de la guerre.
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