Prenons un citoyen lambda, la quarantaine entamée, dont l'identité semble de longue date avérée. Plongez le dans un milieu administratif récemment converti aux biens faits du tout informatique. Glissez son nom dans le système et voilà que la base officielle centralisée à laquelle se réfère sa charmante et néanmoins tenace interlocutrice déclare que le prénom du dit citoyen n'est tout bonnement pas celui qui figure depuis quatre décennies sur ses papiers d'identité... En l'espace d'une seconde, une vie bascule, le citoyen déstabilisé affirme qu'il ne saurait accepter pareil dénigrement et le voilà contraint de fournir les preuves de son prétendu prénom. Aguerri à ce genre de méandres bureaucratiques, le citoyen promet à qui veut bien l'entendre qu'il sera là demain et à la première heure pour graver dans le marbre ce qui depuis sa naissance constitue sa signature sur cette planète éphémère.
Chose dite, chose faite, le voilà à la première heure au guichet d'une nouvelle employée. Plus coriace que sa collègue, la représentante des autorités compétentes déclare fermement qu'un certificat de naissance délivré par un pays tiers ne saurait l'autoriser à intervenir dans le fichier national. Statu quo et montée d'adrénaline, le citoyen brandit les nombreux passeports troués des trente-quatre dernières années. Tous sont faux. Son permis de conduire est faux. Sa carte d'assurance maladie est fausse. Sa carte d'identité d'un pays tiers est fausse. Il n'est pas celui qu'il pensait être. Craignant l'esclandre, l'employée l'enjoint à retrouver son calme et lui promet soutien pour sortir de ce mauvais pas. Elle débusque un collègue qui va se charger de prendre langue avec la commune d'origine du citoyen afin de vérifier où et quand l'erreur s'est introduite dans le fichier central. Après bien des rebondissements et la fourniture de preuves toutes plus tangibles les unes que les autres, le citoyen reçoit l'autorisation de reconquérir son prénom. Pour la Nation, un homme a changé de prénom en ce 20 novembre 2012, c'est un baptême païen et sans autre rituel que l'ajout d'un trait d'union dans un base de donnée nationale. Sacro Sainte informatique, tu mérites une prière, toi qui mieux que toute autre régit nos existences et conduit nos destins. Chaque travailleur est une fiche de salaire, chaque citoyen est un pourvoyeur d'impôts, grâce à nos offrandes poursuit l'édification de ton église virtuelle qui réduit nos vies à un fichier central. Amen.
20 nov. 2012
16 nov. 2012
Inaccessibles Rivages
Il est des terres que l'on ne trouve pas sur les atlas et dont seuls les jours d'automne révèlent les fragiles lignes côtières. Pour accéder à ces rivages, il faut lever les yeux au ciel et se laisser emporter par des vaisseaux imaginaires. Cette baie rouge sang qui semble à l'abri des courants, serait un précieux refuge. L'air doit y être doux, les habitants paisibles et qui sait si parfois quelqu'un crie dans les rues de cette prétendue colonie.
S'il existait un tel endroit à l'abri des désordres, des tumultes et des déceptions, l'homme serait parvenu à créer sur cette planète un brin de perfection. Mais en quelques jours, le rythme des saisons se charge de briser ces lignes séduisantes. Les feuilles au sol sont les ruines poignantes d'un éphémère havre de beauté. Leur présence, sur le trottoir, avec leur lustre perdu, nous invite à ne pas lever la tête vers ce qui demeurera jusqu'au printemps le champ de ruine de nos périlleuses illusions.
S'il existait un tel endroit à l'abri des désordres, des tumultes et des déceptions, l'homme serait parvenu à créer sur cette planète un brin de perfection. Mais en quelques jours, le rythme des saisons se charge de briser ces lignes séduisantes. Les feuilles au sol sont les ruines poignantes d'un éphémère havre de beauté. Leur présence, sur le trottoir, avec leur lustre perdu, nous invite à ne pas lever la tête vers ce qui demeurera jusqu'au printemps le champ de ruine de nos périlleuses illusions.
4 nov. 2012
Les pires Cauchemars
Les pires cauchemars ne sont pas ceux où s'invitent des corps sanguinolents et des monstres improbables chargés de vous anéantir, les pires cauchemars vous plongent dans la réalité de votre vie. Tout à coup, le cerveau facétieux fait la netteté sur votre présence au monde. D'ordinaire, vous êtes une silhouette en mouvement dans l'espace et dans le temps. Ces deux paramètres suffisent à créer l'illusion que le monde est solide et à vous faire oublier les contours exacts de votre existence. Et quand le quotidien prodigue ainsi la sécurité d'un environnement somme toute cohérent, il est plus facile de ne pas se voir, de ne pas se regarder, s'écouter. Surviennent alors à l'improviste les pires cauchemars qui vous montrent ce qui est là, placent dans votre bouche les mots que vous ne dites pas, clarifient les angoisses jusqu'à vous conduire au point du réveil, le corps en sueur, la peau parcourue de frissons anxiogènes. Que faire de cette énonciation brutale, de ces révélations intimes dictées par une machine intérieure opportuniste ? Pourquoi ici et maintenant ?
29 oct. 2012
Les Naufragés
Une nuit de grand vent a jeté sur le bitume les parures mordorées des arbres du quartier. En amas de mille ou alors isolée, les naufragées s'abîment. Elles dessinent sur le sol de nouveaux continents et quelques éphémères atolls. Un courant d'air glacé anime ce désordre qu'une balayeuse motorisée viendra effacer dans un vacarme assourdissant le lendemain à l'aube. La ville ne s'aiment pas ainsi envahie. Elle se veut propre, noire, sécurisante. Elle se préfère nue, affichant plus volontiers les rides de son asphalte craquelé que cet habit de saison.
23 oct. 2012
Coulez dans le Béton
Certains s'accrochent une pierre au cou avant de sauter dans les eaux troubles de leur conscience malheureuse, d'autres imaginent qu'un train saura mieux anéantir leur souffrance perpétuelle. Mais que penser de l'agonie de ce nain de jardin, conçu par Plonk et Replonk ?
16 oct. 2012
La Planche du Salut
29 sept. 2012
Aux Compagnons de doute
Ils se caressent dans le sens du poil et ça ne finit jamais bien. De leurs identités fatales, au quotidien ils font festin. Qu'ils prétendent traverser le vide ou bien remplir quelques trop plein, c'est la même énergie livide qui les laisse sur le chemin. Leurs corps lâchés sans crinoline seront léchés ou bien mordus. La candeur qu'ils voudraient câline est un secret vite corrompu. Après les cris et les abîmes, un vaste jeu de dupe en somme, ils constatent qu'ils sont les intimes de la plus grand détresse des hommes. Alors pour oublier ce vide qui désagrège leur vertu, sans vergogne ils se précipitent dans l'arène qui chaque jour les tue. Ils liquéfient ainsi leur chair qui devient putride quelque fois. Ils n'ont rien compris à la guerre dont ils sont les pauvres soldats. Ces batailles de solitude qu'ils engagent sans autre projet que d'acquérir la certitude qu'un amour veule peut être vrai, qu'il les transforma un jour, qu'ils auront la force d'y croire, qu'ils ne seront pas de vrais vautours mais les victimes de l'espoir.
28 sept. 2012
Nos Dévotions
Petite mère, bonne mère, parfois tu es là, statue et adulée. Des cierges posés avec dévotion à coup de deux euros dans un tronc qui en a vu d'autres. Des flammes, des prières, des femmes, le visage tourné vers leur coeur, te récitent le chapelet de leurs doléances. Mais parfois tu es ici, dans l'appartement de l'autre coté de la rue. Mon dieu, que tu es vieille. Tu brosses tes cheveux, méticuleusement. Petite mère, bonne mère, statue ou illusion, tu accapares les esprits. Mais si les statues évitent le regard des fidèles, toi, de l'autre côté de la rue, tu me fixes parfois.
24 sept. 2012
A la Faveur de l'Automne
Parapluie à pois blancs sur sandales d'été, jambes nues laissant admirer un bronzage encore intact, chantier en cours sur fond de passerelle Rolex... L'automne prend sa vitesse de croisière.
11 sept. 2012
Ah, la Rosée
Le citadin oublie l'existence de la rosée. Jamais, il ne se roulera dans une pelouse gorgée d'eau, jamais il ne ressentira cette fraîcheur naturelle sous ses pieds nus. Pour lui, tout est aride et poussiéreux. Tout est pavé, béton, asphalte. Il perd par là même de poétiques croyances : Se rouler dans la rosée le matin du solstice d'été garantit une année sans maladie de peau et marcher pied nu dans la rosée donne de la gaité et de l'entrain pour toute la journée, des sorcières de pacotilles prétendent même que se frotter le visage avec la rosée de mai permet de lutter contre les tâches de rousseur.
Mais rassurez-vous amis citadins, on s'emploie à vous rendre l'accès à cette précieuse rosée. Pour cela, des chercheurs tentent de la mettre en bouteille. Avec une production estimée de 0,7 litre par mètre carré et par nuit, l'affaire semble rentable. Vous pourrez ainsi la boire ou renouer avec les croyances ancestrales d'une toilette qui rend la peau plus belle. Par contre pas de nouvelle concernant l'accès facilité à l'eau de jouvence.
Mais rassurez-vous amis citadins, on s'emploie à vous rendre l'accès à cette précieuse rosée. Pour cela, des chercheurs tentent de la mettre en bouteille. Avec une production estimée de 0,7 litre par mètre carré et par nuit, l'affaire semble rentable. Vous pourrez ainsi la boire ou renouer avec les croyances ancestrales d'une toilette qui rend la peau plus belle. Par contre pas de nouvelle concernant l'accès facilité à l'eau de jouvence.
7 sept. 2012
Le Fonds de Commerce
Parfois, le succès d'un commerce n'est pas au fond de la boutique, mais juste là sur le trottoir à prendre le temps de feuilleter une brochure avec une cliente fidèle. Le boucher verra encore défiler un grand nombre de clients avant de baisser le rideau de fer de sa devanture, vers huit heures du soir. Il n'utilise aucun subterfuge tape à l'oeil, il communique mieux que toute publicité et surtout que les armadas d'employés qui rangent des produits dans les rayons de nos supermarchés. Très bobo, cette nostalgie des rapports humains, trop ?
5 sept. 2012
Un Signe de plus
Chaque société produit des signes dont il est parfois difficile de comprendre la portée. Ici, il ne s'agit a priori pas d'un danger, juste une information, le bleu n'est pas, pour nous, couleur d'alerte. Ce garage, ou plutôt cet atelier à la devanture fermée, recèle pourtant une particularité suffisamment singulière pour qu'elle fut ainsi signalée. Mais le sens réel nous échappera toujours. Il faudrait revenir et questionner le propriétaire, mais les touristes ne perdent pas de temps en pareilles fadaises.
30 août 2012
La Grande Bleue
Il y a des courants qui vous empoignent et vous éloignent de la terre. Il y a des créatures marines qui se frottent à vous et répandent leur venin. Il y a des femmes qui ne cachent pas les cicatrices de leurs implants mammaires sous des maillots de bain. Il y a des tatouages sur toutes les peaux. Il y a le sable brûlant. Il y a d'ailleurs de la chaleur dans chaque molécule d'air. Il y a le vent qui soulève le sable. Il y a la ville tout à côté. Il y a l'été. Tout cela sous le regard du surveillant de plage sur son arbre perché.
21 août 2012
Les Nains de Jardin ne voyagent pas
Comme le précise wikipedia, jamais avare de savoir, "le vol de nain de jardin est une activité illégale. La victime peut porter plainte contre le ravisseur et celui-ci peut être condamné pour vol et harcèlement." Contrairement à une croyance dont Jean-Pierre Jeunet se fit le colporteur, les nains de jardin ne font pas le tour du monde. Bien au contraire, ils préfèrent à cela témoigner au quotidien des aventures de leur environnement proche. Canicule ou fortes gelées, le nain est la mémoire du potager. Il compte les gouttes de rosée, évalue les récoltes, recense les populations d'insectes, enregistre les naissances, les décès de ce microcosme jardinier. Les nains de jardin ne voyagent pas, car contrairement à nous, ils savent que le grand tout se déroule à tout instant, en tout lieu. Il leur est inutile pour comprendre le monde d'en explorer sa diversité. Mais si d'aventure vous voyagez, pensez à partager vos impressions avec votre nain, car sédentaire il est, mais vos récits le font rêver.
15 août 2012
Mourir en été
Mourir en été, voilà une bien étrange idée. Dans un cimetière surchauffé, une famille endeuillée avance en procession. En rangs serrés, une armée d'arrosoirs jaunes entourent leur tristesse. Alentours, les stèles bien scellées réfléchissent la lumière, insoutenable. La sueur perle aux fronts des agents des pompes funèbres qui enfilent, dans la terre sèche et craquelée, le cercueil. Mourir en été, c'est désarçonner ses proches. Tout à coup, l'absence, la disparition, n'ont pas seulement le goût des larmes. Il y a cette lumière qui vous écrase, la vie qui foisonne et des oiseaux bavards. Un lézard surgit. La mort c'est glacial, sauf en été.
13 août 2012
Madame reçoit
"Madame reçoit" tel est le titre de cette toile, d'un certain Remy Cogghe. Mais qui reçoit-elle ou que reçoit-elle pour attiser ainsi la curiosité des domestiques ? L'histoire ne le dit pas.
8 août 2012
Sous la Basilique
Ils se retrouvent un jour d'été sous la basilique, torses nus, entre amis, avec quelques bières. Viennent ceux qui n'ont pas oublié, ceux qui ont trop chaud dans leur appartement, ceux qui ne supportent plus que leur mère les envoie chercher du travail. Viennent ceux qui ont vingt ans, vingt-cinq ans tout au plus. Après il doit se passer quelque chose et on ne passe plus l'été ainsi. Viennent ceux qui se fichent de Dieu et de l'économie du monde. Viennent ceux qui marchent les pieds nus et qui traversent doucement les étendues de pelouse brûlée pour approcher ceux qui vont, pressés, sur les allées goudronnées. Ils leur demandent une cigarette. Mais ils ne mendient pas. Ils possèdent ce qu'ils possèdent, pas grand chose, mais ils n'ont pas faim. Ils ont un toit, ils ont une mère qui quoiqu'ils fassent de leurs après midi, prépare un repas dans l'appartement étouffant de chaleur. Ils ont un lit où s'effondre la nuit, la vie qu'ils peinent tant à s'imaginer. Alors sous la basilique, ils reprennent chaque jour l'impossible débat. Les autres sont venus aussi, ceux qui n'ont pas oublié, ceux qui ont trop chaud dans leur appartement, ceux qui ne supportent plus que leur mère les envoie chercher du travail, ceux qui ont vingt ans, vingt-cinq ans tout plus. Après, il doit se passer quelque chose, mais ils ne savent pas quoi, ni comment cela se produit. Alors en d'intarissables échanges, ils refont chaque jour, le roman du présent et d'un avenir dont ils ne savent rien. Et si tout à coup, l'angoisse les envahit et que le silence se fait, un autre finit par arriver et relance la roue des possibles lendemains. Sous la Basilique San Lorenzo, à Milan, un après midi poisseux du mois d'août 2012.
30 juil. 2012
Le Profil du Batracien
Illusoirement conditionnés par les contes de fées, nous voilà tentés de saisir ce crapaud qui surgit au milieu du salon pour lui coller la bise qui le transformera en beau prince riche et séduisant. Dans la réalité, l'idée saugrenue d'embrasser pareil animal fait froid dans le dos. Notons que ce hiatus entre l'écrit et la réalité nous éclaire sur la fragilité psychologique des héroïnes de conte de fée. Cependant, si l'on se réfère aux frères Grimm, il n'est pas question ici d'un baiser. Dans "le prince grenouille", ou "le prince crapaud", selon la cruauté des traducteurs, la Princesse, contrainte à vivre avec l'animal, ne l'embrasse pas. Alors qu'elle doit partager son lit avec l'infâme batracien, la jeune fille jette l'animal contre le mur de toutes ses forces et c'est lorsqu'il tombe à terre que l'amphibien se transforme en prince. Bien que cette version soit nettement moins dégoutante, nous nous abstiendrons de tout excès de violence, et c'est avec délicatesse que nous accompagnerons l'intrus maladroit hors de la maison, ratant par là même, l'occasion de rencontrer le conjoint idéal.
28 juil. 2012
Les Jeux de Domination
Il n'y a guère que sur les tasses à café achetées chez carrefour pour trois euros dix que les chats minaudent. Dans la vraie vie, les chats mènent sans répit une guerre de territoire. Et nous voilà contraints d'enfiler le casque bleu de la force d'interposition. Certes, il manque ici la violence des assauts et les cris déchirants qui soudain vous réveillent au milieu de la nuit, quand surgissent dans la chambre les belligérants aux griffes acérées. Comme un soldat traumatisé par l'assaut nocturne de l'ennemi, nous voilà pris dans un sommeil inquiet, sursautant aux moindre signes de présence inhabituelle. Et puisque qu'aucun forum d'entraide n'existe à ce propos, il est temps de briser le tabou et d'aider ceux qui vivent les mêmes frayeurs sous la coupe du syndrome de Mistigri.
23 juil. 2012
Les Compromis félins
Quand il s'agit de voir sa gamelle remplie, le greffier est prêt aux plus vils stratagèmes. Lui, d'habitude si farouche, se fait le plus câlins des félins. Ronronnant à tire larigot, il se frotte, se love, et perd toute dignité. Pour quelques grammes de viandes, le chat renonce à l'indépendance qu'il revendique pourtant à longueur de journée. Croit-il duper celui qui le cajole ou sommes nous tous les deux conscients de la supercherie ? Qu'importe, l'un comme l'autre semblons savourer cet instant rare d'amour presque gratuit.
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